Derniers moments

Terrassée par ses rouges défaites,
la vie laisse un goût âcre et une mort vaine.
Nos cœurs se débâclent de fleurs et de fêtes,
en amants fébriles asservis à nos peines.

Tendresse foudroyée de l'aube singulière
où perle la blancheur de ton sein,
je cherche encore dans mes prières
le lien qui me retient à ce rien.

Ton regard perdu, avant si lumineux,
laisse une étincelle d'absence et un vide
sur ma vie où je meurs dans tes yeux.
Tu quittes mes souvenirs pourtant limpides.

Jouir de la brièveté du temps
aura été notre contrepoint d'éternité,
cet insupportable tremblement
où je te rejoins au-delà de l'obscurité.

Reviens-moi. Restons encore ensemble
jusque l'aube, même main dans la main.
Le ciel rougit et s'effondre. Je tremble.
Ne me laisse pas, j'ai peur du lendemain.

La fuite sur le devant arrache une larme
au temps passé loin de nous-mêmes.
Résister sans prendre les armes
et jusqu'au dernier souffle, crier je t'aime.


Emmanuelle et Roland
Janvier 2003