Je te rêve

Dans les nuées qui abreuvent notre bonheur,
je te rêve en mille filles aux sourires enjôleurs
qui nous fécondent de leurs rires insolents,
en versant cette dernière larme de sang.

Vestibule de l’amitié ou sanctuaire de la vérité
le désir de vivre devient témérité
et je te déflore jusqu’au partage des eaux
que nous célébrons à l’orée de nos toisons.

S’éclairer de nos regrets, sans fierté.
S’éclairer à la face du monde et jouer
même si la douleur est toujours là, en transe,
pâle, sous la tutelle de notre enfance.

Dans le feu de l’incompréhension
quand tout fuse, sauf le pardon,
c’est toi que je cherche dans mon errance
toi, lieu mythique sans corps et sans souffrance.

Toujours dévêtue d’éclats de rouge,
ta vie se sculpte à coup de gouge
et empli ma gorge, chaude de ton ivresse.
Et moi, toujours ce choix entre rêve et tristesse.


Roland Lagoutte - Octobre 2002