La nuit.

Dans la chambre, flotte un parfum d’obscurité.
Des âmes errantes moutonnent un silence tricheur
et de lentes beautés sillonnent de leur blancheur
le timbre humide de vos utopies. C’est la nuit.

Engendrée de vos songes fertiles, elle surgit.
Là, sans envers et sans endroit, elle fait face
sans masque ni outrage, juste tremblante, elle passe.
Comment la retenir, elle, l’étrange miroir de vos nuits.

Elle file entre vos doigts, entre vos rêves assoupis
et dans les recoins de son ventre, elle redore son blason ?
turpitude insensée à la recherche de sa toison ?
Et elle complote, et elle intrigue jusqu’au bout de vos nuits.

Jamais satisfaite, elle se brûle sans souffle ni feu,
et à l’orée de sa folie, elle surprend l’aurore
de ses cendres tièdes où son germe va éclore
et enfouir la nuit dans la lumière d’un ultime aveu.


Roland Lagoutte - 20 mai 2002.